Michel Coumes - Peintre

Michel Coumes, cinquantaine épanouie (on a failli dire jubilatoire), navigue depuis longtemps dans l'univers des images, de la création graphique ou publicitaire, et poursuit sa route comme consultant indépendant après de longues années comme directeur artistique. L'image chevillée au corps, oui, et sous toutes ses formes, au fil de supports visuels qu'il n'a cessé d'explorer au cours de sa vie. Cela, ce monde-là, c'est son métier, son artisanat, celui qui lui a permis de bâtir sa carrière professionnelle, de gagner sa vie.

Mais il y avait aussi d'autres images, d'autres couleurs, portées depuis l'enfance héraultaise, révélées très tôt par une grande dame du dessin et de la peinture, dont de nombreux élèves de son académie de Béziers ont gardé un souvenir ému. Michel avait alors, très jeune, acquis mieux qu'une technique, ou un savoir-faire. Il avait entrevu un univers, hérité d'une passion qui, forcément, allaient irriguer et stimuler son parcours professionnel.

En s'installant il y a dix ans à Uzès, il a voulu transmettre un peu de ce goût des formes ou de la lumière, et « L'Artelier », l'école de dessin qu'il fonda pour renouer le fil de l'enfance, compta jusqu'à soixante-dix élèves. C'était une forme d'hommage à la dame de Béziers, c'était aussi un retour sur soi, une renaissance. Jusque là, le professionnel de l'image n'avait jamais franchi le pas de la création pure, gratuite, intime, celle qui se pose et s'impose peu à peu, vous saisit puis vous traque, et révèle des jardins secrets qu'on ne soupçonnait même pas. C'est donc ici qu'il s'est jeté à l'eau, sans hésiter, comme quelqu'un qui a longtemps patienté et se dit, " maintenant, je suis prêt, c'est l'heure ".

Aussi simple que ça ? Oui, si on veut ! Il n'a guère tourné autour du chevalet. D'emblée, il a trouvé son style, ses constructions, ses couleurs, son atmosphère, et c'était en fait comme si tout ce petit univers de fleurs, de fruits, de menus objets croqué au quotidien, s'était épanoui à son insu, pendant de longues années, et s'offrait enfin au grand jour. A l'âge de la maturité, de la sérénité, du discernement, de l'art de vivre. De l'art de voir les choses de la vie bien en face. Sans détours.

Ce ne sont pas de simples nature-mortes tombées d'on ne sait où, non, mais des instantanés du jour le jour, des bulles de vie et de lumière, des éclats d'ombre et de couleurs saisis au vol, encore vibrants, captés dans l'intimité. Tous ces objets nous accompagnent et nous ne les voyons plus, tels quels, au moment même où nous venons de les laisser. Le jardinier se rapproche de sa chaise, la main du fumeur va se glisser dans le cadre, on entend la voix des buveurs de pastis, les iris s'illuminent, la jacinthe déploie ses ailes vertes et le lecteur solitaire s'est absenté un peu. Oui, des fruits, des fleurs, des coins de guéridon ou de table, des bouts de terrasse sur le vif, comme suspendus, et figés à jamais, qui racontent les tout et riens de nos vies ordinaires, soudain révélés, grandis, réinventés dans leur réalité nue et crue, et où, toujours, triomphe l'éblouissante lumière du sud. Là où les mots eux-mêmes fondent sous le soleil.

Amoureux des Morgan, ses pinceaux s'attaquent aujourd'hui à la mécanique et aux galbes si sensuels et généreux de ces autos d'un autre âge. Les passionnés de la marque vont certainement aimer sa façon intimiste de les mettre en scène. Michel Coumes qui n'aime guère parler de sa peinture se replie en douceur dans son atelier, fenêtre mi-close où perce un rayon de soleil. Lui, il aurait juste aimé écrire cette phrase, signée Giacometti : « En art, ce qui a besoin d'explication ne le mérite pas ».

Jacques Maigne

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